Lorsque le héros est un homme
En avril 1943,
la majorité des juifs polonais parqués dans le ghetto de Varsovie depuis la date de sa création, le 12 octobre 1940, jour de Yom Kippour, a été déportée vers le camp d’extermination de Treblinka et ceux qui restent (60000 environ sur le demi million emprisonné en 1940 a t-il été estimé) savent que leur existence dans le ghetto est en sursis.
La nouvelle ne tarde d’ailleurs pas : le 19 avril, les allemands prennent la décision de liquider le ghetto. Les camps d’extermination attendent les derniers survivants. Alors, puisqu’ils n’ont plus rien à perdre que leur vie, une fraction d’entre eux décident de livrer un baroud d’honneur. Le combat de David contre Goliath version 20ième siècle avec le même ridicule rapport de force, avec la certitude que cette fois David sera terrassé.
Et en dépit d’un armement grotesque à force d’être réduit à sa plus simple expression, l’insurrection va quand même durer 3 semaines menée dans sa presque totalité par un gamin de 24 ans qui en a pris le commandement, Mordechaj Anielewicz. Dans sa presque totalité car les derniers jours, Mordechaj Anielewicz se suicide alors que les allemands s’apprêtent à le prendre au piège et c’est un autre gamin pas plus âgé
, Marek Edelman, qui reprend le flambeau de la révolte jusqu’à ce que l’incendie du ghetto provoqué par les allemands oblige les insurgés à la reddition.
Marek Edelman ainsi que quelques combattants parviennent à s’enfuir du ghetto en empruntant les égouts.
La population polonaise, éminemment catholique n’a jamais fait montre de charité envers les juifs, même celle qui n’a jamais approuvé les pogroms, et pas plus envers eux lorsqu’ils ont été claquemurés dans des conditions sordides. Marek Edelman et ses compagnons n’en ont donc que plus de mérite pour avoir rejoint la résistance polonaise au lieu de chercher à sauver leur peau.
En octobre 2009,
Marek Edelman décède en Pologne à l’âge de 90 ans, 66 ans après son évasion du ghetto de Varsovie.
Des années qui ont été utilement employées puisqu’après avoir participé à la bataille qui a délivré Varsovie de l’envahisseur allemand, puisqu’une fois la guerre terminée, Marek Edelman a fait des études de médecine pour devenir un éminent cardiologue.
Mais plus encore, des années utilement employées parce que cet homme là n’a jamais cessé de dénoncer l’autoritarisme (il a même été interné quelques jours en vertu de la loi martiale du 13 décembre 1981 imposée par le général Jaruzelski pour avoir rejoint l’opposition anti-communiste dès 1970 puis le syndicat Solidarnosc) tout comme il s’est toujours élevé contre le racisme, l’antisémitisme, et le sionisme outrancier.
Bon nombre d’israéliens - les dirigeants d’Israël en premier - ne lui pardonneront d’ailleurs sans doute jamais, et même pas après sa mort, ses lettres ouvertes adressées en 2002 et en 2008 aux “partisans” et aux “soldats” des “organisations armées palestiniennes”.
Non pas à cause de leur contenu
• mais parce que, selon eux, Marek Edelman établissait un parallèle indécent entre l’insurrection du ghetto de Varsovie et le combat des Palestiniens
• aussi parce que, selon eux, Marek Edelman légalisait les actions jusqu’alors considérées comme purement terroristes des palestiniens en utilisant les mots « soldats » et « organisations armées palestiniennes »
Moi qui ne suis pas juive, qui aime Israël pour son histoire et les israéliens (modérés) pour leur volonté d’exister, je veux dire mon admiration pour le Marek Edelman qui a n’a retenu de l’enfer du ghetto qu’une exceptionnelle humanité bienveillante.
