Raille rail : fable
C’était un soir d’automne dans un très modeste appartement très modestement meublé, au quatorzième étage - avec ascenseurs en panne à tour de rôle trois jours sur sept - d’une HLM de Pavillons-sous-Bois, en région parisienne.
Assis dans un fauteuil râpé, le père regardait la télévision tandis que la mère s’affairait à préparer le repas et qu’un lot de trois gamins et gamine âgés de sept à dix ans terminaient leurs devoirs autour de la table de la salle à manger recouverte d’une nappe plastifiée décorée de personnages de dessins animés.
Soudain la porte s’ouvrit à la volée sur une ravissante beauté brune d’une vingtaine d’années qui déboula dans la pièce en clamant joyeusement :
« Papa ! Maman ! Faut que je vous dise, je me suis fiancée ce soir avec un garçon que vous ne connaissez pas encore mais que vous allez adorer.
- Rassurez-vous, il n’est pas seulement beau et gentil, il a aussi une très belle situation. »
« C’est y qu’il serait médecin ton fiancé, ma Juliette ? » Interrogea la mère, une femme au visage prématurément vieilli, d’une voix pleine d’espoir extasié en rattrapant in extremis la marmite qui avait failli lui échapper des mains.
« Mieux que ça ! » Exulta la belle enfant en pirouettant.
« Il travaillerait peut-être bien dans une banque ce garçon, Juliette ? » Supputa le père, homme voûté aux traits fatigués, d’un ton un peu plus réservé en abandonnant, à regret, l’écran de télévision des yeux pour se tourner vers sa fille.
« Mieux que ça ! » Jubila la ravissante brunette en jetant manteau et foulard en direction d’un canapé quelque peu effondré.
« Dis nous, Juliette, il est cosmonaute ? Il est coureur automobile ? Il est chanteur de la Star Ac ? Et comment qu’il s’appelle ton fiancé ? » Questionnèrent avec enthousiasme les deux garçonnets et la fillette en l’entourant affectueusement.
« Mieux que ça ! Encore mieux que ça. » Chantonna la jeune fille qui livra dans un grand rire heureux : « Il s’appelle Roméo et il est agent de conduite à la SNCF ! »
Un grand silence s’installa qui ne dura que quelques secondes.
« Malheur à toi ! » Meugla la mère en s’arrachant les cheveux avant de continuer sur un ton pleurnicheur :
« Comment oses-tu nous présenter un fiancé qui conduit les trains de la SNCF ? Que c’est à cause de leurs saletés de grève que ton père il a déjà pas pu aller sur son chantier à Issy-les-Moulineaux au mois d’octobre dernier et que du coup son patron il l’a fichu à la porte maintenant que ça a recommencé et qu’il peut toujours pas aller travailler ! »
« Jamais on voudra de ton Roméo chez nous ! Braillèrent les enfants en la regardant avec hargne.
- Par la faute de gens comme lui, notre grand frère est arrivé tellement en retard à son entretien d’embauche qu’on n’a même pas voulu le recevoir. Maintenant il a recommencé à fréquenter des mauvais copains qui vont l’entraîner à se droguer ! »
« Comment peux tu penser une minute que j’accorderai la main de ma fille à un cheminot alors que c’est à cause de lui et de ses collègues que je n’ai plus d’emploi et qu’il va falloir attendre que l’ASSEDIC me verse une misérable allocation pour nourrir ma famille ! Hurla le père en s’éjectant de son fauteuil et en pointant un doigt vengeur en direction de la jeune fille.
- Je te préviens, si tu épouses ce type, tu ne remettras jamais les pieds à la maison. »
La ravissante brune aimait trop ses parents, ses frères et sa sœur pour envisager de ne plus jamais les revoir.
Le cœur brisé Juliette rompit ses fiançailles avec Roméo.
Moralité : Ils ne se marièrent pas et n’eurent pas d’enfants pour payer les retraites des agents de la SNCF.
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Les avatars (mains, cœurs) proviennent du site :
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L’image du train percutant voiture provient du site :
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22 novembre 2007 à 20:50
Géniale ton histoire..mais elle finit mal sniffff.. par contre ce ne sont pas les contribuables qui payent les régimes spéciaux de la sncf.. ce sont les cheminots qui payent 12% de plus que nous, tout au long de leur vie pour avoir un régime spécial et partir plus tôt..
j’ai encore du mal à retourner sur les autres articles… il va falloir que tu m’expliques…
Je te fais plein de gros bisous.
La râleuse number two..
chantal