Les transports gratuits pour les R&mistes d’IDF
Le Conseil Régional d’Ile de France a décidé d’accorder la gratuité des transports aux R&mistes (et à leur famille) à partir du 31 mars 2007 (ouf, on a évité le vilain gag du poisson d’avril !) dans le noble but de faciliter leurs recherches d’emploi et, bien évidemment, cela donne lieu à polémique.
Comme pour chaque mesure sociale prise en faveur des sans emploi, les commentaires fusent qui n’honorent pas toujours ceux qui les profèrent (et qui ne sont pas toujours les plus mal lotis de notre société de consommation) comme par exemple celui-ci parmi les plus softs :
- « Ceux qui bossent vont encore payer pour les faignants »
Tout d’abord, petit cours à l’adresse de ces malheureux qui ploient sous la charge du labeur quotidien à raison de 35 heures par semaine.
Sachez le, pitoyables ilotes, il existe trois types de « chercheurs » d’emploi :
-
• Ceux qui bénéficient de petits boulots : saisonniers, travailleurs à mi-temps, intérimaires,… qui sont obligés de cumuler avec d’autres jobs pour pouvoir subsister.
• Les salariés qui ont été licenciés par un patron (trop souvent voyou le patron - suivez mon regard en direction des grosses entreprises qui délocalisent) et qui, inscrits à l’ANPE, perçoivent des indemnités qui leur permettent de vivoter.
• Les R&mistes : souvent des étudiants qui ne parviennent pas à s’introduire sur le marché du travail parce que (et c’est ce qui est risible) hyper diplômés, des ex-inscrits à l’ANPE parvenus en fin de droit,… Et des gens comme moi.
Comme moi qui ai été R&miste parce que j’ai été gérante de s.a.r.l et qu’un gérant de s.a.r.l. n’a pas le droit de cotiser aux caisses de chômage.
J’ai été R&miste parce que gérante minoritaire d’une s.a.r.l contrainte de déposer son bilan après avoir été escroquée par deux aigrefins (qui devaient courir sacrément vite car la justice n’est jamais parvenue à les rattraper).
J’ai été R&msite parce qu’un gérant de s.a.r.l qui perd son emploi ne perçoit pas d’indemnités ce qui est normal puisqu’il n’a pas cotisé à une caisse adéquate.
-
(Pour l’anecdote, c’est depuis mon époque R&miste que je hais Victor Hugo, ce bourgeois nanti responsable de la plus imbécile des fictions tendant à faire accroire que dignité peut s’accorder avec pauvreté. )
N’en déplaise aux jouisseurs de RTT, si j’avais bénéficié des transports gratuits lorsque j’étais R&miste, courant des années 1989 et 1990, cela m’aurait grandement aidée à trouver un emploi.
En effet, après avoir payé toutes les charges afférentes à n’importe quel citoyen lambda (dépenses pour le logement, pour se vêtir, pour se maintenir en bonne santé, téléphone, transports,…) auxquelles s’ajoutent celles qui grèvent le budget du chercheur d’emploi (augmentation de la facture de téléphone, achat de journaux, de timbres postaux), il me restait très exactement 6,00 francs par jour (moins de 1 euro) pour me nourrir.
Et n’en déplaise aux pauvres besogneux qui perçoivent de justes salaires pour leurs justes peines, je me suis battue pour trouver du travail à une époque où les petites annonces précisaient qu’il était inutile d’espérer obtenir le poste à pourvoir si on n’était pas dans la fourchette d’âge indiquée : 25 à 35 ans, si l’on n’était pas pour le moins trilingue, si on ne pouvait pas prétendre justifier d’un bac minimum niveau 5, le tout accompagné d’une lettre de motivation.
Parlons en de la lettre de motivation.
Le petit génie qui a inventé cette ineptie sadique devrait être fessé en place publique.
Les employeurs pouvaient ils vraiment croire que la postulante que j’étais se pâmait à l’idée du bonheur qu’elle ressentirait à comptabiliser leurs factures clients et fournisseurs, qu’elle s’extasiait à la perspective de relancer les clients qui ne payaient pas leur facture à l’échéance prévue ?
Quelle illusion ! La postulante que j’étais, à l’instar de tous les chercheurs d’emploi, n’aspirait qu’à fournir un travail sérieux en contrepartie d’un salaire honnête.
Et n’en déplaise aux malheureux travailleurs opprimés, à qui le salaire gagné à la sueur de leur peine permet de partir en vacances sur les pistes de ski ou sur les plages des Caraïbes, j’ai même triché pour obtenir du travail. J’en profite d’ailleurs pour faire mon mea culpa auprès des avocats de ce Cabinet qui ont eu tort de me faire confiance quand j’ai prétendu avoir de bonnes notions d’informatique et dont j’ai « bousillé » le logiciel comptable « piraté » en moins de 48 heures.
Pour ce qui me concerne, la seule chose que je regrette au sujet cette décision prise par le Conseil Régionial d’Ile de France, c’est qu’il n’ait pas été décidé d’accorder la gratuité des transports aux trop nombreux salariés (et à leur famille) payés au tarif du SMIC ou à un tarif très légèrement supérieur à celui du SMIC.
————-
Provenance illustration : http://www.vracimages.com
