La lutte hard de nos magistrats contre les hordes de sans-papiers

Je loue la magistrature française qui instaure des lois destinées à renvoyer dans leurs pays ces étrangers sans-papiers qui convoitent le couscous ou le poulet tandoori ou le rouleau de nem servis dans mon assiette.
Je rends hommage à la magistrature française qui n’hésite pas à avoir recours aux forces de l’ordre pour faire appliquer ces lois.
De la sorte, je suis rassurée de savoir que ces deux fillettes tchétchènes, dont j’entendais glorifier les exploits scolaires il y a une quinzaine de jours, vont être réexpédiées dans leur pays ; ça leur apprendra à dépouiller nos petits français des prix de littérature qui leur reviennent de droit de citoyenneté.
De la sorte je suis rassurée de savoir que ce grand-père chinois, arrêté à la sortie d’une école maternelle où il venait chercher son petit-fils, va être restitué à son pays ; sait on jamais, il aurait pu décéder à l’occasion de la prochaine canicule et mettre en péril les statistiques concernant la mortalité des personnes âgées (naguère appelées vieillards) résidant en France.
Je suis d’ailleurs stupéfaite d’apprendre que l’arrestation de ce grand-père chinois par les forces de l’ordre a donné matière à protestations sous prétexte qu’elle s’est déroulée en présence de bambins. Nous, français en bonne et due forme, devrions être fiers de constater que nos magistrats veillent à ce que nos enfants reçoivent des leçons d’instruction civique dès leur plus jeune âge.
Je suis tout autant effarée d’apprendre que certains se scandalisent de la mise en garde à vue, seulement pendant plusieurs petites heures, de la directrice d’école qui a cherché à s’interposer pour tenter d’empêcher cette arrestation. Il ne faut quand même pas occulter que cette virago a violemment frappé le véhicule des policiers. Il était donc normal que la voiture de police, lâchement agressée, porte plainte pour coups et blessures.
Enfin, je salue la magistrature française qui privilégie la lutte acharnée contre les sans-papiers plutôt que risquer d’engendrer des émeutes dans les banlieues en donnant mission à nos forces de police de pourchasser les crapules ; pour qui l’ignorerait, il y a quelques jours à peine, les médias nous apprenaient que la police avait reçu pour instruction d’éviter les zones sensibles afin que les loubards ne se sentent pas provoqués. Pour qui l’ignorerait, zone sensible se traduit par quartiers de banlieues habituellement fréquentés par les dealers ou lieux publics hantés par des pickpockets. À ce propos, je me suis laissé dire que, dans leur ensemble, les policiers, quant à eux, préféreraient, pourchasser les délinquants plutôt que mettre la main au collet d’enfants et d’aïeuls.
Étant une citoyenne respectueuse des lois de mon pays, puis-je suggérer à nos magistrats un moyen très simple pour identifier les sans-papiers ? Par exemple, ils pourraient établir un décret faisant obligation aux sans-papiers d’arborer un morceau de tissu en forme d’étoile de couleur orange fluorescente sur leurs vêtements.

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