Montigny-les-Cormeilles (Val d’Oise)

7 juin 2009

un quart de siècle et des poussières… Après.
blason Montigny
J’ai découvert Montigny-les-Cormeilles un dimanche de juin 1983 ; la ville semblait somnoler sous les ardeurs ensoleillées de ce jour de Pentecôte.
Je lui ferai mes adieux dans une quinzaine de jours et, dans mes bagages, j’emmènerai la nostalgie d’un lieu où j’ai vécu heureuse.
Oh, bien sûr, toutes ces années n’ont pas été exemptes de soucis mais, quand je me livre à une rétrospective, je comptabilise beaucoup plus de jours attrayants que de moments pénibles ou même seulement moroses.
La résidence où j’ai acheté un appartement s’est montrée accueillante dès les premiers instants avec des personnes qui me saluaient d’un mot aimable lorsque je les rencontrais dans le hall de l’immeuble, des personnes qui arboraient un visage souriant quand je les croisais au hasard d’une allée.
À l’époque où j’ai emménagé, la résidence jouissait d’un certain standing avec des appartements occupés uniquement par des propriétaires qui, soit étaient cadres ou occupaient des postes importants, soit exerçaient en professions libérales.
Depuis, et sans jugement sottement snobinard, mais simplement parce que c’est la réalité, il convient d’admettre que le standing a été remplacé par la diversité avec l’arrivée massive d’acheteurs de toutes classes sociales, de toutes origines. Et c’est très bien ainsi car la diversité crée parfois des frictions mais, plus souvent, elle génère la compréhension avec son aboutissement logique, la tolérance.
Vue appartement Je n’aime pas parler de Montigny comme d’une ville parce que le mot ville, si grande soit l’agglomération, évoque un lieu claquemuré avec des rues bitumées contraintes à suivre des trottoirs bétonnés eux-mêmes astreints à longer les façades en pierre d’immeubles se succédant les uns les autres.
Montigny c’est l’adjonction de deux gros bourgs : le vieux Montigny qui a sans nul doute vu passer les centurions romains et le nouveau Montigny qui a causé la perte des champs d’asperges et de fleurs avec la construction d’ensembles de tours d’une hauteur raisonnable intelligemment séparés par des zones pavillonnaires. Les deux s’ignorent sans pour autant se dédaigner pour la seule raison que leur dissemblance les rend indifférents l’un à l’autre.
Quand je suis arrivée en 1983, le vieux Montigny, appelé à juste titre Le Village, était presque exclusivement habité de propriétaires de maisons héritées de leurs parents qui eux-mêmes les tenaient de leurs parents et ce, depuis des générations. Les abords du Village commençaient toutefois à se gangrener de petits immeubles qui, même se voulant discrets, juraient avec le style des constructions qui avaient connu des siècles d’histoire.
J’habite, il va s’en dire, le nouveau Montigny et je loue le maire qui était déjà en poste à l’époque et dont le départ devance le mien de seulement trois mois, Monsieur Robert Hue, d’avoir, avec le concours de ses conseillers et employés municipaux, fait de cet endroit un lieu aussi agréable à vivre.
Robert Hue
Ainsi, le nouveau Montigny était traversé par une rue toute fonctionnelle qui sinuait entre une rangée d’établissements (brasserie, banque, pharmacie) et une place morne et sans caractère menant à La Poste et la Mairie annexe (la Mairie officielle étant à la place lui revenant de droit dans Le Village).
Robert Hue a transformé la rue fonctionnelle en un parcours voué à la circulation délimité par des bornes et fait aménager la place en un parvis avec des arbustes pour l’agrémenter, un sol au ton chaud qui donne une note de gaîté et des bancs pour en faire un lieu de convivialité.
(Le nouveau maire serait, à mon avis, bien avisé de baptiser cet endroit « Place Robert Hue » ce qui serait une façon élégante de remercier un homme qui a énormément travaillé pour le bien-être de ses administrés.)
Comme de cause à effet, ce parvis lui a donné l’idée d’instaurer un Montigny-plage, à l’image de ce qui était fait pour les parisiens, offrant ainsi quelques jours d’évasion aux enfants ignymontains que le budget limité des parents empêche de partir vers des plages hospitalières.
Puis lui est venue l’idée de recevoir les boutiques d’un marché de Noël afin de créer une animation joyeuse à l’approche des fêtes, puis celle de faire procéder à l’installation d’une patinoire - pendant hivernal de la plage des jours d’été - lors de la période de congés scolaires de fin d’année.

Mais, pour ce qui me concerne,

    • les innovations nées de la volonté du maire de Montigny, Monsieur Robert Hue, qui m’ont le plus ravies sont la plantation d’arbres qui commencent à ombrager les allées piétonnières (et pourtant qu’ils paraissaient malingres et chétifs les pauvres arbrisseaux qui se seraient effondrés sans le soutien de poteaux qui les tenaient contre eux ficelés) et celle de jonquilles qui brillent comme des étoiles dans le vert printanier des plates-bandes.
    Salon Polar • la réalisation qui m’a le plus enchantée a été la construction de la nouvelle bibliothèque sur deux niveaux, l’un réservé aux enfants et l’autre aux adultes.
    Pour qui aime les livres, cette bibliothèque est un lieu magique avec ses immenses baies vitrées qui la baignent d’un flot de lumière, la disposition de ses rayonnages qui favorise l’intimité, sa foison d’ouvrages méticuleusement rangés et aisément accessibles.
    Quant aux bibliothécaires, je ne connais aucun habitué de la bibliothèque qui ne loue leur compétence et leur gentillesse.
    Moi-même qui ne supporte guère les conseils (ce qui tend à prouver ma bêtise car les conseils sont bien la seule chose que l’on vous dispense gratuitement et il en est parfois qui sont salutaires) j’écoute les leurs lorsque l’un ou l’autre des bibliothécaires s’avisent de m’en donner.

Enfin, ce qui parfait le charme de ces sœurs siamoises qu’est Montigny, c’est d’être prises en tenaille par les villes de Beauchamp, Franconville-la-Garenne, et Cormeilles-en-Parisis qui, toutes trois, offrent leur verdure boisée tant aux joggeurs qu’aux paisibles promeneurs et aux personnes comme moi qui n’aiment pas être tenues en laisse par leur chien.
Pourquoi quitter Montigny alors que je lui déclare mon amour ?
Parce que j’ai vécu mes vingt premières années dans une maison individuelle et que j’aspire à vivre mes dernières années dans une maison individuelle.
Or, à moins de gagner le gros lot du super loto, qui a les moyens financiers d’acheter une maison individuelle en région parisienne en l’an de grâce 2009 ?
Ma maison, je l’ai trouvée en province… Bien évidemment.

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J’ai kidnappé sur Internet le blason de Montigny les Cormeilles
et la photo, qui n’était pas en exclusivité, de Monsieur Robert Hue
Quant à l’affiche du Salon du Polar (encore une initiative de M. Robert Hue), elle est l’œuvre de Monsieur Jacques Loustal qui l’a réalisée pour la manifestation de 2002

Royal Pietà

24 avril 2009

Jamais à court d’idée pour faire parler d’elle, Dame Ségolène Royal, ex candidate aux élections présidentielles de 2007 et future candidate aux élections présidentielles de 2012, a inventé un nouveau concept de campagne électorale réservé à son usage personnel : ‘l’excusitude’.
religieuse prie Le 18 avril, prenant prétexte de déclarations de Nicolas Sarkozy faites 3 jours auparavant au cours d’un déjeuner avec des parlementaires : « M. Zapatero n’est peut-être pas intelligent… », elle a soulevé un tollé de protestations de la part des membres du gouvernement et provoqué la confusion des socialistes, en présentant des excuses au nom des français au premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero.
L’idée d’utiliser ‘l’excusitude’ n’était pas stupide en soit mais Dame Ségolène aurait été bien avisée de tenir compte du bon sens des adages et, en l’occurrence, de celui qui dit que le mieux est souvent l’ennemi du bien.
Si elle avait fait montre de moins d’impulsivité, elle aurait réfléchi au sens exact de la déclaration de Nicolas Sarkozy lorsqu’il a continué, parlant toujours du premier ministre espagnol : « Cela ne l’a pas empêché de remporter deux fois les élections. »
Après deux années de règne Tsarkoziste, aucun citoyen français qui possède un centime d’euro de jugeote ne peut plus ignorer que lorsque le président veut se montrer injurieux il ne fait guère preuve de subtilité.
Comme tout citoyen français détenteur d’un centime d’euro de jugeote, Dame Ségolène Royal aurait dû traduire : « José Luis Rodriguez Zapatero est peut-être jugé comme quelqu’un qui n’est pas très intelligent mais on se méprend sur son compte. La preuve en est qu’il a remporté deux fois les élections. ».
Elle aurait ainsi évité l’erreur monumentale de récidiver dans le même registre, à si peu d’intervalle, des excuses du même genre que celles présentées, lors de sa visite à Dakar deux semaines auparavant, au peuple sénégalais devant un demi millier de socialistes.
Elle aurait ainsi évité que deux membres du gouvernement cherchent à la faire passer pour folle ce qui est, on en conviendra, un moyen bien pratique pour éliminer une gêneuse.
knout knout Il faut dire aussi qu’elle tend complaisamment les verges pour la battre.

• D’abord avec l’introduction de son discours à Dakar :
« Quelqu’un est venu ici vous dire que ‘l’Homme africain n’est pas encore entré dans l’Histoire. »
Quelqu’un !
Ne se souvenait elle pas de qui il s’agissait ? Cet oubli révélait il des signes annonciateurs d’Alzheimer ?
• Ensuite en sautant sur la première occasion pour présenter de nouveau des excuses au premier ministre espagnol : « Les propos injurieux tenus par Nicolas Sarkozy n’engagent ni la France, ni les français » « Le mépris verbal, les déclarations fanfaronnes et désinvoltes qui se multiplient dans les propos du chef de l’Etat : ça suffit. »

Comment s’étonner

    • que le premier ministre, Brice Hortefeux, la prétende atteinte de “palilalie” (trouble de la parole dont souffrent les personnes qui répètent systématiquement les mêmes mots)
    • que Frédéric Lefebvre, porte parole de l’UMP, insinue qu’elle pâtit de problèmes mentaux : « Je le dis de la manière la plus sérieuse… Je pense que Mme Royal a besoin d’une aide psychologique… Quand vous cumulez ce type de comportements, ça veut dire qu’il y a un problème, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, il y a quelque chose qui ne va pas. »

Dame Ségolène serait peut-être bien inspirée de faire profil bas pendant quelques temps.

Toutefois, il se peut qu’elle persiste à utiliser ‘l’excusitude’ en tant que concept de campagne électorale et il reste encore trois ans avant les prochaines présidentielles.
Au nom de la solidarité féminine, je me permets donc de lui suggérer les noms de quelques personnes à qui elle peut présenter des excuses au nom de la France et des français.
pleureuse Pour se mettre en train, elle pourra faire part de ses regrets à Anne-Marie Comparini que Patrick Devedjian, en bon émule de son maître à penser, Nicolas Sarkozy, a qualifiée de « Salope » en juin 2007.
Elle pourra ensuite envoyer des excuses à celles et ceux qui ont été victimes de l’ire de notre vénéré et impulsif président :
• David Martinon, porte parole de l’Élysée à l’époque, et Lesley Stahl, journaliste de CBS, tous deux apostrophés « Quel(le) imbécile ! » lors d’une interview qui a lieu pour l’émission de CBS, 60 Minutes, en octobre 2007
• le quidam qui, pour avoir refusé de serrer la main présidentielle, s’est entendu baptiser « Pauvre con ! » lors du Salon de l’agriculture en février 2008
• tous le journalistes qualifiés de nullards en mars 2009 : « Les journalistes, ce sont des nullards, il faut leur cracher à la gueule, il faut leur marcher dessus, les écraser. Ce sont des bandits. Et encore, les bandits eux, ont une morale »

Et puis, parce qu’il serait peut-être malavisé de trop maintenir l’attention sur Nicolas Sarkozy à l’approche de 2012 - même pour critiquer son manque de délicatesse -, elle pourra, pourquoi pas, adresser des excuses

    • aux descendants de Vauban auquel Léo Ferré a fait l’affront de dire « Merde » pendant toute une chanson,
    • aux descendants de Talleyrand offensé par Napoléon 1er qui lui a déclaré de manière on ne peut plus odieuse : « Vous êtes de la merde dans un bas de soie »
    • à sa gracieuse majesté la reine d’Angleterre et stigmatiser ce rustre de Cambronne qui a osé répondre fort discourtoisement « Merde » à une aimable invite de ses sujets.

    barrre yeux

    PS - Je tiens à remercier tout particulièrement Monsieur Hortefeux d’avoir enrichi notre vocabulaire.
    Monsieur Hortefeux, le corps médical, et (peut-être) ceux qui en souffrent mis à part, qui, en effet, peut se vanter d’avoir jamais entendu le mot « palilalie » avant ce mois d’avril 2009 ?
    Personne n’osera plus désormais dire de certaines de nos chères aïeules qu’elles râbachent. De manière plus élégante, nous hocherons la tête et l’air navré confierons qu’elles souffrent de palilalie.

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Les gifs utilisés proviennent des sites suivants :
La dévote : http://www.gifsmaniac.com/
pleureuse : http://endjetsesfolies.centerblog.net/
et la barre de séparation du site :
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PS bis - Histoire de ne pas les oublier :
chien queue n’oubliez pas de cliquer

EDF - Le courant ne passe pas

22 avril 2009

Nous usagers, sommes en droit de nous poser des questions concernant la santé mentale d’une certaine corporation d’agents EDF ; je veux parler de ceux qui se complaisent à couper le courant électrique des pauvres quidam qui ne sont en rien responsables de leurs démêlées avec leurs dirigeants, qui ne peuvent que subir leurs exactions.
fou Car il faut être pour le moins profondément débile pour priver volontairement les gens de courant électrique pendant parfois plusieurs heures de suite.
Ainsi, ce mardi 21 avril, à dix heures et trente minutes, le courant a été coupé volontairement par ces malfaisants dans ma petite commune du Val d’Oise pour n’être rétabli qu’une fois midi passé. Et encore peut on se réjouir car, renseignement pris par téléphone, un message annonçait le rétablissement de l’électricité pour treize heures.
Il faut ne pas avoir deux sous de bon sens pour ne pas imaginer les accidents que peuvent causer ces coupures de courant lorsqu’elles ont lieu dans des immeubles de neuf à douze ou quinze étages.
J’habite le 6ième étage de l’un de ces immeubles et je devais impérativement sortir ma chienne si je voulais éviter un incident urinaire au grand dam de mon revêtement de sol.
Par chance, j’ai toujours une lampe de poche en état de fonctionnement dans un tiroir car je m’imaginais mal descendre 6 étages, tirée par vingt kilos d’impétuosité difficilement retenus par une laisse, dans une cage d’escalier aussi noire que l’âme d’un agent gréviste EDF.
Lors de ma descente, j’ai rencontré, à des niveaux différents, deux mères de famille qui, s’éclairant de la flamme d’un briquet, gravissaient les marches avec de jeunes bambins pendus à leurs basques et l’une d’elle avec un poupon dans les bras.
Imaginez un peu, messieurs les agents EDF grévistes coupeurs de courant, les conséquences d’une chute dans les escaliers obscurs.
ampoule N’allez surtout pas, en toute mauvaise foi, arguer qu’elles n’avaient pas à utiliser un escalier dépourvu de tout éclairage. Étaient elles sensées attendre votre bon vouloir assises sur les marches du perron de l’immeuble, entourées d’enfants affamés ou énervés pendant un temps indéterminé ?
Et avez-vous pensé, messieurs les agents EDF grévistes, à ces personnes handicapées ou malades tributaires des soins d’infirmières retardées par vos actes stupides ? Avez-vous pensé qu’en cette période de vacances scolaires, de jeunes enfants pouvaient se retrouver, seuls, emprisonnés dans des ascenseurs ténébreux ?
Non seulement vous êtes de dangereux « inconscients » messieurs les agents EDF grévistes (et quand je dis ‘inconscients’c’est un doux euphémisme) mais, en plus, vous ne valez guère mieux que les filous.
De quel droit, en effet, vous appropriez-vous l’électricité pour l’utiliser comme moyen de chantage ? L’électricité ne vous appartient pas que je sache ?
Vos confrères kidnappeurs de gaz ne valent d’ailleurs pas mieux que vous qui ne songent même pas que leurs actions inconséquentes peuvent mettre la vie de personnes en péril.
Que se passera t-il le jour où le gaz sera coupé alors qu’une personne étourdie qui faisait chauffer son repas quittera son lieu d’habitation en oubliant de fermer le robinet d’alimentation ?
EDF Comite
Et la grande question est surtout : pourquoi ces agents du gaz ou de l’EDF, au même titre que les cheminots d’ailleurs, se battent ils toujours contre leurs dirigeants au détriment des citoyens lambda ?
Question subsidiaire : quand ils s’octroient, sans scrupule, le droit de priver les gens de courant électriques ont ils seulement une pensée contrite pour ceux qui sont bien souvent plus mal lotis qu’eux ?

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Avoir le cul entre deux chaises

13 avril 2009

est une position inconfortable mais certainement moins que d’avoir le fondement installé sur une chaise électrique.
Mgr di Falco En assumant l’exposition dans sa cathédrale de Gap, pendant le week-end de Pâques, d’une sculpture de Peter Fryer représentant le Christ trônant sur une chaise électrique, Mgr Jean-Michel di Falco, évêque de Gap et d’Embrun a pris le risque de se retrouver, lui, le cul entre deux chaises en choquant ses paroissiens et voilà une initiative qui le rend en tout point admirable.
Mais qui donc a été scandalisé par cette œuvre?
Certainement pas la plus grande majorité des chrétiens qui vivent tranquillement leur religion sans se poser de questions existentielles ; ces ouailles qui ne songeraient pas un seul instant à douter de l’existence d’un dieu unique puisqu’on leur a enseigné que c’était la vérité ; ces ouailles décérébrées dès leurs premiers vagissements avec seulement l’aspersion de quelques gouttes d’élixir magique sur les fonts baptismaux ; ces ouailles qui ont fait leur communion parce que c’est la finalité logique d’une éducation religieuse ; ces ouailles qui, parvenues à l’âge adulte, ne fréquentent plus les églises que pour les mariages ou les enterrements ; ces ouailles qui s’accommodent fort bien de leur religion à partir du moment où elle ne les dérange pas.
La vision d’un Christ sur une chaise électrique les a tout juste déconcertés ces chrétiens là qui ont continué à vaquer à leurs occupations terrestres sans plus se soucier du message de Mgr di Falco.
Mgr di F cri doigt accusateur Alors, quels sont ceux qui ont crié haro sur l’auteur de ce qu’ils ont considéré, les uns comme une provocation indécente, les autres comme un blasphème ?
Et bien les vrais croyants, bien sûr.
Les sans concession qui vont à la messe tous les dimanches et qui jeûnent héroïquement pour jouir du plaisir mystique de s’étouffer avec une hostie.
Les purs parce que sans péché grâce à la grande lessive de la confession qui décrasse leur âme en contrepartie de 2 pater et 3 ave… Sans dédaigner l’éventuelle substantielle obole des plus fortunés d’entre eux. (Et oui, tout s’achète, même le pardon divin).
Et qu’est ce qui les a scandalisés dans cette représentation du Christ, nos croyants purs et sans concession ? L’image sans compromis de sa souffrance ? Sa posture abandonnée, symbole même de la désolation ?
NON. Ce qui les a offensés, c’est la substitution de la croix par une chaise électrique.
Parce que - se sont ils indignés - la croix est le symbole même de la foi (sic) !!!
Comment peut on être aussi imbus de religiosité et exhaler une telle balourdise ?
Si la croix est le symbole de la foi, il faut admettre que depuis des générations les chrétiens rendent hommage aux malandrins, aux aigrefins, aux violeurs, aux assassins,… tous personnages peu recommandables qui ont été, selon la justice romaine de l’époque, condamnés à la crucifixion pour châtiment de leurs crimes.
croix Comment peut on se glorifier de sa piété incomparable lorsqu’on oublie le calvaire subi par celui qu’on prétend honorer pour vénérer l’instrument de son supplice ?
Comment peut on se vanter de sa dévotion et ignorer avec une superbe irrévérence l’un des commandements de ce dieu que l’on prétend révérer : « Tu ne feras pas de statue, à l’image des choses qui sont là-haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles ».
De plus, tout individu qui a reçu une éducation religieuse chrétienne ne peut ignorer les paroles du Christ lorsque, pour le discréditer, ses adversaires cherchent à le piéger en lui tendant une pièce qui représente César, une pièce sur laquelle il est écrit ‘Tibère, divin César’ et lui demandent fielleusement : « Est-il permis, oui ou non de payer l’impôt à César ? »
Comment peut-on, lorsqu’on se prétend chrétien, négliger la réponse du Christ : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » et s’entêter dans cette impéritie volontaire à respecter le commandement de son dieu ?
Alors ces prétendus croyants purs et sans concession qui se scandalisent de la représentation d’un Christ trônant sur une chaise électrique ne seraient ils, en réalité, que des idolâtres ?

Agnostique respectueuse des prêtres, lamas, imams, rabbins ,… Lorsqu’ils savent être indulgents envers les pauvres humains imparfaits, lorsqu’ils sont plus soucieux de leur sérénité que des preuves de leurs actes de charité, plus à l’écoute de leurs problèmes que dans l’attente de leurs oraisons, je loue l’initiative de Mgr di Falco qui a favorisé l’art plutôt que les menaces de damnation ou les homélies pour combattre l’indifférence de ses paroissiens, pour réveiller leur conscience chrétienne.
Mgr di Falco est peut-être dénigré par certains de ses pairs et par une catégorie de croyants dogmatiques mais je suis certaine qu’il s’est acquis la bienveillance de feu Serge Gainsbourg qui, lors d’une interview parue dans le journal « Libération » en novembre 1981, déclarait fort justement : « Si le Christ était mort sur une chaise électrique, tous les petits chrétiens porteraient une petite chaise en or autour du cou. »

Intime conviction ; une ultime connerie ?

3 avril 2009

10 heures, le matin du 12 novembre 2007.
berger santon Encadré par deux gendarmes, Yvan Colonna, 47 ans, pénètre dans la salle de la cour d’assises spécialement formée pour les affaires de terrorisme de Paris afin d’y être jugé après 4 ans de cavale entre mai 1999 et juillet 2003.
Celui qu’on a surnommé le berger de Cargèse est accusé d’avoir assassiné le plus haut représentant de l’État en poste en Corse, le préfet Claude Erignac, le 6 février 1998, alors que ce dernier s’apprêtait à entrer au Kallisté à Ajaccio pour assister à un concert, et d’avoir, cinq mois plus tôt, participé à l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella où l’arme du crime a été dérobée.
Le jeudi 13 décembre 2007, un petit mois de procès et cinq heures de délibérations après sous la présidence de Dominique Coujard,les sept juges de cette cour spéciale sans jury populaire condamnent Yvan Colonna à la réclusion criminelle à perpétuité.
Les avocats d’Yvan Colonna font appel de ce jugement.
27 mars 2009, après sept semaines de procès, les neufs magistrats de la cour spéciale d’assise de Paris suivent les réquisitoires de l’avocat général et condamnent Yvan Colonna à la peine maximale : la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté incompressible de vingt-deux ans.

Les procès d’Yvan Colonna ont défrayé la chronique et plus personne n’ignore que l’attentat dirigé contre le préfet Claude Erignac a été imputé, très certainement avec raison, à des nationalistes corses.
Au nombre de ces nationalistes, tous arrêtés, tous condamnés à purger une peine de prison, deux enseignants supposés être les inspirateurs, six autres considérés comme exécutants ou ayant participé à des actes préparatoires et enfin, selon certains d’entre eux, celui qui nous intéresse, Yvan Colonna.
À ma connaissance, la traque, le jugement, la condamnation d’Yvan Colonna ont été provoqué par les seuls témoignages de ce groupe de nationalistes lesquels prétendent qu’Yvan Colonna se trouvait parmi eux le soir où Claude Erignac a été assassiné et celui de Pierre Alessandri lequel a accusé Yvan Colonna d’avoir tiré les trois balles dans la nuque qui ont provoqué la mort du préfet.
La fameuse loi du silence dont s’enorgueillissent les corses en prend un vilain méchant coup, non ?
revolver Il va sans dire que l’assassinat de toute personne quelque soit son statut, sa religion ou sa race est abject lorsque cette personne n’est responsable d’aucun crime ou délit. Quant à ces mouvances, qu’elles soient nationalistes, extrémistes, intégristes, elles sont méprisables qui cherchent à imposer leurs certitudes en abusant de la terreur, en usant de bombes, en tuant lâchement des innocents.
Est il utile de préciser que je n’éprouve aucune sympathie pour Yvan Colonna à partir du moment où il se réclame de ce nationalisme corse ?
Mais je suis indignée lorsque la justice d’un pays qui se prétend démocratique condamne sans aucune preuve de sa culpabilité un individu à une peine aussi exceptionnelle que la réclusion perpétuelle avec une période de 22 ans de sûreté incompressible.
Pire encore, non seulement aucune preuve matérielle n’a été apportée mais le flou total règne parmi les déclarations des témoins directs de cet attentat.

    • Ainsi, N. Contart, 56 ans, parce qu’elle passait en voiture à proximité du théâtre Kallisté peu avant 21 heures le soir du 6 février 1998 quand le préfet de Corse Claude Erignac a été tué, a raconté avoir été témoin de ‘l’assassinat’ mais son témoignage n’implique nullement Yvan Colonna. Elle aurait en effet déclaré : « avoir vu deux personnes et cru, sur le moment, qu’un des deux individus aperçus jetait des pétards » et « pensé que c’était un jeune qui s’amusait ».
    • Ainsi, Joseph Arrighi, 83 ans,policier retraité des Renseignements généraux qui a entendu plusieurs détonations qu’il a déclaré avoir pris pour des pétards alors qu’il marchait sur un trottoir proche le soir du 6 février 1998. « Quelques secondes après, j’ai été dépassé par deux hommes que j’ai mal distingués » A t-il relaté pour ensuite poursuivre : « Ils trottinaient. Je me suis dit ‘ils sont pressés d’aller dîner’. Au bout d’un moment, ils ont été rejoints par un troisième homme ‘duquel’un objet métallique est tombé sur le trottoir».

Non seulement aucune preuve n’a été apportée qui désigne de manière indiscutable Yvan Colonna comme étant l’assassin du préfet Erignac mais, au cours du dernier procès,

    • Pierre Alessandri et Alain Ferrandi reviennent sur leurs déclarations et nient toute implication ou présence d’Yvan Colonna le soir de l’attentat,
    • le 25 février dernier, c’est un ami du préfet Erignac, qui disculpe Yvan Colonna. Joseph Colombani, trésorier de l’association organisatrice du concert et directeur de cabinet du président du conseil exécutif de Corse qui a assisté à l’assassinat de son ami Claude Erignac a déclaré «en conscience » qu’Yvan Colonna « n’est pas l’homme qui a achevé Claude Erignac »,
    • un médecin légiste affirme que l’auteur des coups de feu était plus grand que l’accusé.

glaive et balance Yvan Colonna est peut-être coupable. Peut-être mérite t-il sa condamnation. Mais je sais que si j’étais partie civile mêlée à un procès de ce genre, un procès qui s’achève par la condamnation sans preuve d’un homme, je me sentirais particulièrement perturbée. Terriblement frustrée par un jugement que j’estimerais inéquitable, affreusement mal à l’aise de devoir vivre tout le restant de ma vie avec l’appréhension d’avoir été involontairement complice d’une erreur judiciaire.

Simple spectatrice anonyme, mon opinion est que, nonobstant la triste réalité d’un verdict qui offre un martyr aux nationalistes corses, ce qui est une incommensurable stupidité (même le pire des abrutis aurait pu conjecturer du résultat de ce jugement),
mon sentiment est que

    • l’on est en droit de s’étonner que, sans explication, sans justification, jamais aucune reconstitution du crime n’a été autorisée,
    • on est en droit d’être surpris d’apprendre que peu avant le verdict, l’avocat général Yves Jannier a non seulement déclaré : « la culpabilité d’Yvan Colonna pour moi ne fait aucun doute » mais s’est permis d’affirmer alors que rien ne venait corroborer ses certitudes : « Yvan Colonna est celui qui, ce soir-là, a appuyé sur une détente et a tiré trois balles sur le préfet, simplement parce qu’il était le représentant d’un État symbole de liberté »,
    • on est en droit de s’effarer lorsqu’on entend dire sans vergogne que c’est un verdict rendu à partir d’une extrême conviction
    • on est en droit, me semble t-il, de s’inquiéter.

Je suis profane en matière juridique et si ce que je crois avoir compris est erroné, je sollicite l’indulgence des juristes et consorts.
Et ce que je crois avoir compris c’est qu’il existe, en droit, un code qui a pour nom jurisprudence et qui voudrait que telle règle ou telle décision ayant eu force de loi lors d’un jugement s’utilisent comme un acquis pour d’autres jugements.
Partant de ce concept et étant, à mon corps défendant, dotée d’une certaine tendance aux élucubrations, je cauchemarde à l’idée que la décision qui a provoqué la condamnation d’Yvan Colonna fasse jurisprudence.
juge Imaginez, en effet, un prévenu se défendant d’avoir participé à un cambriolage nocturne en alléguant qu’il dormait seul chez lui et qui se verrait condamné parce que l’avocat général aurait argué : « Et bien moi, j’ai l’intime conviction que vous mentez et je demande donc votre condamnation au bagne pour dix ans »
Ou cet autre prévenu qui nierait avoir attaqué un individu six mois auparavant en prétextant qu’il assistait à un match de football aux jour et heure où se serait produit cette agression et qui se verrait également condamné parce que l’avocat général aurait allégué : « Et d’un, vous n’êtes pas en mesure de faire la preuve de votre présence à ce match puisque vous dites avoir jeté le ticket d’accès au stade et de deux, parce que j’ai l’intime conviction que vous êtes coupable, je demande que vous soyez condamné aux galères pour une durée de cinq ans »
En conclusion, ce procès Yvan Colonna me renforce dans mon intime conviction que la justice est peut-être (soi-disant) égale pour tous mais que lorsqu’on se présente en tant qu’accusé devant un tribunal, mieux vaut être accompagné d’un bon avocat grassement rémunéré qu’avec la compagnie de sa seule innocence.

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Les illustrations proviennent des sites suivants :
- le berger : santon du site http://jp59.centerblog.net/
- le revolver : http://www.alactu.com/
- le glaive et la balance (parmi un très riche choix de bijoux à thèmes) :
http://www.egypte-antique.eu/boutiqueThemeSymbolique.aspx
le juge : www.leflog.net/

Dull spleen

9 mars 2009

Il y a de cela quelques jours, las de cet hiver qui n’en finit pas de nous tenir captifs de sa morosité, mon ami Le Chat m’envoyait ces quelques mots expression de sa profonde mélancolie.
Peut-être parce que je partageais son sentiment, ils me sont apparus aussi évocateurs que la poésie de Monsieur Baudelaire et il serait égoïste de ma part de ne pas partager le plaisir éprouvé à les lire.
Voici donc son œuvre que j’ai intitulée “Dull Spleen” pour ne pas plagier Charles clin d\'oeil lunettes

    chat JP “Envie de rien, tout refaire, partir, rester, je ne sais que choisir ; je manque de motivation.
    - Pourtant il fait beau, tout le monde va bien, alors pourquoi chercher midi à quatorze heures.
    - Les beaux jours sont à notre porte, j’hésite à les laisser rentrer !
    - Pourtant il ne faudrait sûrement pas grand-chose pour que cela aille mieux.
    - Il faut que je positive, quitte à me mentir me dire que tout est beau.
    - Mais c’est aussi ce que d’autres tentent de nous faire croire et nous savons qu’ils mentent tous.
    - Alors admettons que les beaux jours arrivent avec leurs chaleurs, leurs couleurs et leurs odeurs,
    - Que nos promenades ne seront que joies et amusements.

    - Surtout ne pas vous inquiéter, je trouverai bien au détour d’un sentier
    - Qu’il y a toujours matière à s’amuser !”

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Le chat a été emprunté au site :
http://bebedoudoune.centerblog.net/

Bonne année 2009 : un vœu pieux

1 janvier 2009

Lorsqu’il aura terminé son mandat, notre vénéré président Tsarkozy pourra se reconvertir dans la prophétie.
En effet, à l’occasion de son allocution du 31 décembre, il nous a démontré qu’il était doué pour prédire l’avenir :
« 2009 s’annonce une année difficile »
sceptre Mais la différence entre un prophète et un homme d’état napoléonien c’est que lorsque l’avenir présente un aspect inquiétant, l’homme d’état a déjà élaboré des plans pour faire face à l’adversité et la vaincre :
« Pour nous en sortir, chacun devra faire des efforts car de cette crise va naître un monde nouveau auquel nous devons nous préparer en travaillant plus, en investissant davantage,…»
Ce discours m’a confortée dans le texte de vœux que j’avais concocté.
barre année

Pour 2009, j’aurais aimé souhaiter
aux sans abris, de se voir offrir un toit
aux chômeurs, de trouver un emploi
Las,
Foin des vœux utopistes ! Sachons raison garder.
Vu l’année qu’on nous promet,
ce que je peux nous souhaiter de mieux,
- avec la santé, bien entendu, qui est primordiale -
c’est que lorsqu’arrivera la fin de l’année 2009
nous ne nous trouvions pas tondu comme un œuf. oeuf

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Les illustrations proviennent des sites suivants :
barre festive : http://chochote.blogspace.fr/
bonhomme œuf : http://www.greluche.info/

Au nom des animaux

1 janvier 2009

qu’ils soient libres, dits sauvages, ou de compagnie,
moi, Roxane, Roxane.2 je souhaite aux humains une Bonne année

Et je remercie par avance ceux qui, par solidarité pour les enfants et leurs contemporains, ceux qui, par amour pour nous, consacreront chaque jour une minute de leur temps pour cliquer sur http://www.clichandicap.com/ et ceux qui continueront à lutter pour nous défendre contre les abominations mercantiles.chien cage

Hasta la vista Le Flambeau

31 décembre 2008

portes Voilà déjà plus de dix jours que Le Flambeau a fermé ses portes et c’est aujourd’hui seulement que je peux enfin consacrer le temps nécessaire pour écrire le sentiment de deuil que m’inspire cette clôture.
J’espère que Laurent Monserrat, son créateur, ainsi que les rédactrices et rédacteurs du Flambeau voudront bien me pardonner ce manque de réactivité quand ils en sauront la raison.

Cette raison, c’est qu’après une opération de la cataracte dont j’ai narré les péripéties dans une précédente chronique, non seulement ma vision n’a connu aucune amélioration mais l’œil opéré semblait avoir été (et être resté en permanence) branché sur un courant de 100.000 volts : une tension telle qu’elle faisait exploser l’appareil qui avait la prétention de se mesurer avec elle.
5 semaines après l’opération, en même temps que j’apprenais la cessation d’activité du Flambeau, mon ophtalmo me déclarait que j’allais devoir prendre rendez-vous avec un chirurgien de l’hôpital des Quinze-vingts pour y subir une autre intervention si je ne voulais pas risquer la cécité de l’œil récalcitrant.
Bien entendu, selon une tradition française bien établie, pendant les dix à quinze jours compris entre la fin de l’année usée et le début de l’année aussi prometteuse qu’un politicard, tous ceux qui ne sont pas chômeurs sont en vacances. Alors, quoi ou qui que ce soit que vous appeliez au téléphone, vous vous entendrez répondre : « Rappelez à partir du 05 janvier ».
larme Mais mon propos était consacré à l’endeuillement que suscite pour moi la fin du Flambeau et il convient peut être que je m’en explique.

J’ai fait la connaissance du journal virtuel Le Flambeau toute fin d’année 2006 en effectuant des recherches sur Internet pour une chronique que j’avais en projet.
Le Flambeau avait traité un sujet analogue. Je leur ai écrit pour leur demander quelques renseignements. Ils ont eu la gentillesse de me répondre ce qui m’a beaucoup aidée. Pour les remercier, je leur ai envoyé le résultat de mon travail.
Quelques jours après cet échange, je recevais ce mail : « Si vous souhaitez que nous mettions en ligne l’un de vos billets sur Le Flambeau, n’hésitez pas à nous en faire parvenir un.
Vigo »

Je me suis sentie flattée, bien sûr, mais, sans vouloir me montrer prétentieuse, je n’étais pas mécontente de mon style d’écriture et la proposition ne m’a donc pas paru étonnante.
Les complexes, je les ai acquis au cours des années suivantes lorsque j’ai lu les écrits autrement plus élaborés que les miens des rédacteurs du Flambeau, des rédacteurs qui, soit étaient des journalistes professionnels, soit étaient bardés de diplômes ce qui est loin d’être mon cas.
Mais j’ai persisté grâce à la gentillesse de Vigo que j’ai longtemps considéré comme mon Pygmalion du Flambeau et celle de Laurent Montserrat, le créateur du Flambeau vis-à-vis duquel Vigo m’a fait partager son admiration et son respect.
Mais que je vous les présente :

    • Vigo est plasticien et travaille aussi comme journaliste dans la presse anglo-saxonne. Après avoir suivi des études d’architecture, Vigo se consacre à son travail de création artistique et réalise des compositions graphiques à partir de photos et de peintures. Il était le webgraphiste du Flambeau.
    • Laurent Monserrat, lui, s’inspirant de la fameuse revue de Karl Kraus Die Fackel a fondé le Flambeau.com en 2004 après avoir créé une association en faveur de la paix entre les Israéliens et les Palestiniens. Ses objectifs avoués étaient : décrypter l’actualité et mettre en lumière les mécanismes de communication quitte à ouvrir la polémique. (Peut-être même, d’ailleurs, à la provoquer ?)

Si j’ai été reconnaissante à Vigo de m’ouvrir les portes du Flambeau, l’accueil sans réserve de Laurent lui a valu ma gratitude, une gratitude qui s’est doublée d’estime quand j’ai su qu’il privilégiait son indépendance au détriment de son porte-monnaie en refusant le concours de sponsors, quand j’ai réalisé que Le Flambeau représentait une source de travail considérable qu’il assumait en grande partie, quand j’ai constaté le respect avec lequel il traitait tant ses rédactrices et ses rédacteurs que Moalex, son dernier dessinateur en date.

Mon expérience avec Le Flambeau a été très enrichissante car j’ai découvert des hommes et des femmes dont les articles m’ont beaucoup apporté tels ceux, par exemple d’Olivier Beuvelet ou de Hans Lefebvre, et bien sûr ceux de Laurent, qui ont grandement contribué à ma culture générale, tels ceux de Sylvie Laurenie dont les articles traitant avec ardeur de la défense de causes justes m’ont séduite.
Et je regretterai les articles signés Jeanjean pleins d’humour avec un zeste de vitriol du facétieux John John MacHenry mais je ne peux citer toutes les rédactrices et tous les rédacteurs qui m’ont enchantée sous peine de voir ma chronique ressembler fâcheusement à un annuaire.

Au nombre de ses qualités, Laurent en prouve une qui pourrait servir d’exemple à tous ces patrons qui déménagent en douce le matériel de leur entreprise sitôt après avoir posté leur lettre de licenciement à leurs employés : il se conduit en administrateur responsable qui ferme les portes du Flambeau en ouvrant à ses lecteurs celle de La petite république.
Flambeau Je ne dis pas adieu au Flambeau car j’espère bien que, tout comme le Phénix, il renaîtra un jour.

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Les gifs d’illustration proviennent des sites suivants :
La porte à deux battants : http://www.gifsmaniac.com/
La larme : http://qlipyjaime.centerblog.net/
La flamme : http://asmontluconnaise-tir-a-larc.chez-alice.fr/

Conte tendu d’intervention chirurgicale

24 novembre 2008

Il m’a été agréable de vous savoir si nombreux à prendre de mes nouvelles sitôt après cette opération de la cataracte rendue obligatoire tant par mon âge - qui devient de plus en plus « canonistrophique » - que par l’usure de l’un de mes yeux.

Pour mieux comprendre les raisons qui me faisaient appréhender cette intervention chirurgicale (appréhension, un mot soft pudiquement utilisé pour dissimuler celui plus approprié de terreur) il me faut vous dévoiler les motifs de ma paranoïa pour tout ce qui concerne la médication.
- Il y a de cela déjà bon nombre d’années, après l’extraction d’une molaire, mon dentiste m’avait vivement recommandé de ne pas absorber, en cas de douleur, un analgésique contenant si peu que ce soit d’aspirine sous peine de déclencher une allergie aux effets irréversibles pouvant avoir des conséquences très graves.
J’avais donc bien notifié cette mise en garde à la préposée de la pharmacie où, haletant de souffrance, je m’étais précipitée le lendemain matin avant d’aller reprendre mon poste sur un stand où je travaillais en qualité d’hôtesse d’accueil dans un Salon d’exposition.
L’employée de la pharmacie me l’avait certifié, le médicament qu’elle me prescrivait ne contenait pas le moindre soupçon d’aspirine ; la notice en témoignait qu’elle m’avait fait lire.
poisson lune À la suite de quoi, pendant dix jours j’ai ressemblé à une baleine affligée d’une tête de poisson lune avec la peau du visage qui cuisait/brûlait/démangeait sous les spots incandescents du stand.
Je me rappelle encore la fureur de mon dentiste quand je lui avais raconté ma mésaventure :
« Mais quelle f….e c…e ! Bien sûr qu’il n’est pas fait mention d’aspirine mais la composition de ce produit ‘…’ en contient en dose infinitésimale et tout pharmacien qui se respecte le sait ! Si cette fille n’était qu’une simple vendeuse, elle devait se renseigner auprès d’une personne compétente. »

Pour mieux comprendre les raisons qui me faisaient appréhender cette intervention chirurgicale (appréhension, un mot soft hypocritement utilisé pour dissimuler mon épouvante), il vous faut savoir que je souffre de la maladie des yeux secs connue sous le nom de syndrome de Gougerot-Sjögren et que l’opération de la cataracte requiert d’avoir les yeux humides.

Pour mieux comprendre les raisons qui me faisaient reculer, il convient que vous sachiez qu’il me fallait trouver un accueil pour ma chienne le temps de mon hospitalisation (environ 48 heures… Une éternité). La difficulté pour trouver ce point d’accueil résidant dans le fait que je me refusais à confier à un chenil ma compagne extraite dix mois auparavant d’un enclos de la SPA où elle avait séjourné 4 longs mois d’hiver.
Et puis une amie s’est proposée à prendre Roxane en pension, la vision de mon œil se complaisait de plus en plus dans un flou pas du tout artistique, cette intervention commençait à présenter tous les signes d’urgence… Et je n’avais plus aucun prétexte pour la retarder.

Rendez-vous est donc pris pour le 17 novembre avec le chirurgien exerçant dans la clinique de C.-en-P. - lequel chirurgien sera en l’occurrence assistée de mon ophtalmo - et je suis informée qu’il me faudra me présenter au service des admissions dès le dimanche 16 entre 16 et 17 heures.

Le 04 novembre, je téléphone à la clinique pour prendre rendez-vous avec l’anesthésiste et, après palabres, la secrétaire accepte de me fixer ce rendez-vous le samedi suivant dans l’après-midi au lieu du jeudi 13 qui ne me convient pas. Dans la foulée je téléphone à ma mutuelle pour une demande de prise en charge qui sera envoyée par courrier à la clinique puisque je n’ai pas eu la présence d’esprit de demander quel en est le numéro de fax.
Le samedi 08 novembre, l’anesthésiste me signifie son interdiction formelle de continuer la prise de Plavix à partir du jour même. Ce médicament qui a pour fonction de fluidifier le sang et qui se présente sous forme de comprimés à prendre journellement m’a été prescrit il y a trois ans suite à une AIT dont j’ai été victime.
« La prise de ce médicament doit être arrêtée dix jours avant l’intervention. » Gronde t’il comme si mon ignorance était répréhensible ce qui provoque ma répartie quelque peu grinçante : « Bon, et bien à un jour près, ce ne doit pas être catastrophique ».
Je pourrais lui dire que, compte tenu de cet impératif, je m’étonne que la secrétaire m’ait proposé un rendez-vous le 13 mais je ne suis pas du genre cafteuse.
Je pense d’autant moins à moucharder la secrétaire qu’il me réclame un règlement de 28 euros pour sa consultation.
Mazette ! C’est cher payer dix questions et une interdiction !
Naïvement, je croyais que cette consultation serait incluse dans la facturation globale de l’intervention et je n’ai pas mon chéquier.
« Ce n’est pas grave, sourit l’anesthésiste cauteleux.
- Vous apporterez le chèque le jour de l’admission. »
… Et je me reverrai remettre la feuille de soins en échange de mon chèque me précise la secrétaire ! J’adore ce climat de méfiance.
Non, me dit-elle ; ma prise en charge ne leur est pas encore parvenue. Ce n’est pas pour m’étonner, la Poste n’étant plus toujours aussi performante pour l’acheminement du courrier depuis qu’elle prétend au titre de banque. À titre préventif, je demande le numéro de fax de la clinique.
Le lundi 10 j’appelle ma mutuelle et mon interlocuteur me confirme avoir posté la prise en charge mais accepte obligeamment d’en renvoyer un exemplaire par fax à la clinique.
Deux heures après, une correspondante jointe par téléphone me confirme que la clinique a bien réceptionné la prise en charge et par courrier postal et par fax.
Me voilà parée.
Le 16 novembre arrive à toutes jambes ce crétin.
Mon amie vient nous chercher, Roxane et moi, pour nous emmener chez elle afin que nos adieux se fassent en douceur. Ensuite, même si nous cherchons à gagner la clinique le plus tard possible, sans pour autant me mettre en retard, le moment vient où nous ne pouvons plus surseoir à mon enfermement dans les lieux qui n’ont d’hospitaliers que le nom.
malade
17 heures, le 16 novembre - Me voici donc dans une chambre que j’occuperai seule cette nuit en dépit des deux lits qui la meublent. Pour me tenir compagnie, la télévision qui offre, à partir d’un choix de chaînes très limité, un programme sans surprise, c’est à dire débile, une grille de mots croisés qui s’avère d’une facilité jamais rencontrée jusqu’à présent ce qui est cette fois une surprise que me réserve mon verbicruciste préféré, un livre que je n’ai pas envie d’ouvrir quand bien même j’adore la prose du romancier qui l’a écrit.
Bizarrement, toute angoisse a disparu concernant l’intervention qui doit avoir lieu le lendemain (à 08 heures m’a t’on prévenu).
Bizarrement, je serais même relax si je ne me souciais du comportement ignoré de Roxane pour la première fois laissée dans une maison méconnue à la garde de personnes qu’elle connaît superficiellement.
7 heures 30 le 17 novembre - Un gentil jeune homme vient m’aider à m’allonger sur le chariot roulant qui va me transporter jusqu’à la salle d’opération. Je suis à jeun. Je suis désinfectée de la tête aux pieds. Je suis toujours incroyablement zen.
Même sans se presser, il ne faut pas plus de dix minutes pour franchir la distance entre ma chambre et le couloir adjacent à la salle d’opération où le jeune homme gare le chariot en attendant l’arrivée du chirurgien. Pourquoi le couloir ? Parce que la salle d’attente est déjà surbookée de chariots supportant des futurs opérés qui supportent l’attente de leur opération.
Ce couloir pourrait être utilisé pour entreposer des aliments périssables. J’ai la très désagréable impression de squatter un réfrigérateur et le mince drap qui me couvre ne me protège pas de l’atmosphère glaciale du lieu.
Impossible de récriminer, j’ai la langue engourdie par le calmant que j’ai été priée d’ingurgiter pour combattre un stress inexistant.
De temps à autres, j’entends la voix d’une bonne âme qui s’émeut : « Il faudrait apporter une couverture pour protéger cette femme ! ».
Une autre voix lui fait écho : « J’y vais »
Les voix disparaissent dans des fonds abyssaux ; je ne les réentendrai jamais.
Alors que je gis grelottante sur le plateau d’un chariot aussi accueillant qu’une pierre tombale, un individu en uniforme d’infirmier vient s’emparer de ma main dans le but avoué de l’utiliser comme jeu de fléchette et ce faisant interroge : « Vous avez bien pris votre Plavix jusqu’à hier soir ? »
« Bien pris ? » S’émeut ma paranoïa qui, sitôt le sens de la question assimilé, déclenche illico l’alerte générale.
La voix tremblotante et de froid et d’angoisse, je murmure : « Non. Bien sûr que non puisque Monsieur H., l’anesthésiste m’a dit qu’il fallait interrompre le traitement le jour même où je l’ai rencontré c’est-à-dire le samedi 8. »
« Il vous a dit ça ! » S’effare le joueur de fléchette. « Mais il ne fallait surtout pas stopper le Plavix ! » S’horrifie t’il sur un ton de reproche qui m’est - le doute n’est pas permis - destiné.
Et avant que j’ai le temps de m’inquiéter des conséquences possibles - catastrophiques pour le moins si j’en juge par son intonation désespérée - l’homme disparaît me laissant affronter seule les sonneries stridentes du signal d’alarme déclenché par ma paranoïa.
Me voilà bien ! Si je n’étais déjà frigorifiée, je serais glacée d’effroi.
9 heures 05 - Je tremble comme un marteau piqueur forant un steak de béton d’un mètre d’épaisseur ; je claque des quenottes comme un dentier qui se prendrait pour Gene Kelly interprétant « Dansons sous la pluie » ; le gentil jeune homme reprend les commandes du chariot en me disant : « C’est à vous ; le chirurgien est arrivé ; il vous attend (sic) ».
On m’avait dit : « La cataracte, c’est une opération qui se pratique au laser. C’est impressionnant parce qu’on voit tout mais… On ne sent rien ». ‘On’ étant des personnes qui n’avaient jamais subi cette intervention.
Je n’ai rien vu ; j’ai tout senti.
Les piqûres qui transperçaient, les incisions qui entaillaient, une substance que je soupçonne fabriquée à base d’acide qui s’instillait.
Je n’ose imaginer ce qu’aurait été le ressenti sans l’anesthésie locale.
« 10 h 25. C’est fini. Vous pouvez la ramener dans sa chambre »
Ce sont les seuls mots que j’ai entendus de la bouche du praticien et j’ai éprouvé de la gratitude pour mon ophtalmo qui a tenté d’humaniser le supplice en signifiant sa présence par un ou deux propos destinés à m’apaiser.
12 heures et quelques minutes (si je me fie à mon horloge interne) - une voix me tire du sommeil : « Madame, qu’est ce que vous voulez pour votre collation : thé, café, chocolat ? »
Même quelque peu embrumée je me rappelle que le café des hôpitaux ressemble furieusement à de l’eau tiède, que le thé n’a rien à lui envier et j’opte pour le chocolat qui se révèlera certainement le meilleur reconstituant.
Une main me secoue peu de temps après m’extirpant de nouveau des bras de Morphée : « Votre collation est sur le plateau près de votre lit ».
Redresser mon torse aussi lourd que celui de la statue de la liberté (pas la parisienne, celle qui offre son lumignon en signe de bienvenue aux visiteurs des USA) représente un exploit. Tendre un bras gourd vers le plateau en est un autre alors que je suis aveugle d’un œil et que l’autre joue les empotés.
Un exploit cumulé à un autre exploit provoque un résultat pour le moins inattendu : le plateau se renverse sur moi. Et sur moi, cela veut dire sur la couverture supplémentaire que je suis parvenue à obtenir après force supplications et cajoleries lors de mon retour d’op., pire encore, sur mon vêtement de nuit préféré et douillet (ou vice-versa) sur lequel s’ébattent des chats stylisés.
Je brame ma détresse tout en appuyant désespérément sur la sonnette lovée près de la tête du lit.
Une petite jeune fille apparaît qui constate les dégâts et s’empare de la couverture chocolatée en me rassurant : « Je vais venir refaire votre lit »
Je bêle : « Oui, mais mon vêtement ????? »
Elle a la solution : une tenue préopératoire des plus inélégantes. Mais qui s’en soucierait ? Et, insensible à ma démarche vacillante et mes gestes tremblotants, elle semble considérer que je suis assez grande pour laver mon vêtement toute seule et se contente de me demander :
« Vous voulez quand même finir le chocolat ? Il en reste un peu au fond de la tasse. »
C’est l’un de ces moments tragiques où l’on regrette de n’avoir pas ses deux yeux pour foudroyer la niaiseuse du regard.
Je me contente donc d’un acerbe : « Je serais même favorable à un autre bol complet de chocolat ».
Force m’est de me rendre à l’évidence en la voyant s’empresser ; elle n’y avait même pas pensé.
Ma collation avalée, je me rendors tandis qu’une dame est introduite dans la chambre.
Séjour très temporaire car elle est repartie lorsque je me réveille. La veinarde !
La vision exceptée - et c’est d’ailleurs avec un certain étonnement que je découvre que la seule protection accordée à l’œil opéré consiste en une pommade (cicatrisante me précisera une aide-soignante) - je suis en pleine possession de mes moyens lorsqu’une autre dame d’un âge certain mais coquettement attifée et shampouinée fait irruption avec un groom qui porte son bagage. Je suppose groom car elle n’a pas l’apparence de l’une de ces drôlesses qui jettent leur dévolu sur des hommes nettement plus jeunes qu’elles. Euh, rectification, le groom est son fils.
Comme je suis une personne civile, j’entreprends de faire la conversation à la dame si bellement pomponnée dès que son fils est parti.
Alors que nous devisons une charmante jeune personne entre dans la chambre et me tend un comprimé en me priant : « Vous devez prendre ce médicament ».
Quid que ce médoc ? S’alarme aussitôt ma paranoïa qui déclenche illico l’alerte générale.
J’ai bien du mérite à réfréner toute panique intempestive et à interroger courtoisement : « C’est destiné à quoi ? »
Ton angélique : « C’est pour la cataracte »
Tu m’étonnes !
M’aurait elle répondu que c’était pour prévenir tout risque d’eczéma de l’intestin grêle, je me serais inquiétée.
J’insiste d’une voix doucereuse : « Oui, mais encore ? »
« Je ne sais pas » Avoue la charmante qui, après deux secondes d’intense réflexion sourit, manifestement heureuse du résultat de ses cogitations : « Je vais me renseigner »
Elle revient peu de temps après, toute fière de pouvoir me communiquer l’information souhaitée et conclut : « On a même été obligées de consulter le Vidalin mais comme ça on a appris quelque chose »
Et bien si mon opération a contribué à la formation du personnel aide-soignant de la clinique de C.-en-P., c’est déjà un point positif.
Je reprends donc mon papotage avec ma compagne de chambre et pendant que nous conversons et que je dissimule mon œil valide de la main pour illustrer un propos, je suis très troublée de constater que l’œil opéré est encore plus troublé que moi puisqu’il n’offre aucune autre vision qu’un écran plus blanc que blanc.
Est-ce normal ?
Je pose la question à une aide-soignante qui vient mesurer notre tension et prendre notre température.
« Je ne sais pas. Il faudra demander à l’infirmière de nuit. »
Sauf que je ne verrai jamais une infirmière de nuit. Je ne verrai même pas son hologramme.
Et bien évidemment le couple mâle-femelle d’aides-soignants qui se présentent le soir pour… Devinez quoi ?… Mesurer notre tension et prendre notre température me dit gentiment que le chirurgien viendra me voir demain matin et pourra, seul, me renseigner.
« Est-ce que vous avez pris votre Diamox ? » Me demande l’élément mâle du couple.
Je n’ouvre pas des grands yeux : ce serait vain puisque je suis borgne. Je me contente d’interroger :
« Qu’est ce que c’est que le Diamox ? J’ai pris uniquement les médicaments que me prescrit mon médecin. »
« Ben, c’est ça » Me dit l’homme.
J’insiste ; « Oui mais ça, c’est quoi ? »
« Ben, les médicaments prescrits par votre médecin » Me répond il.
Désarçonnée par l’absurdité du dialogue, j’adresse une mimique interrogative en direction de l’élément femelle du couple qui se contente de m’accuser réception avec un sourire neutre. Alors, je ne m’obstine pas plus à poursuivre un échange aussi décourageant. Après tout j’ai remis mes ordonnances médicales comme demandé et cet homme est sensé connaître les médicaments qui m’ont été prescrits.
Sans doute suis-je victime d’un humour de carabin ? Un humour des plus stupides puisque le mot Diamox ne signifiant rien pour moi, j’y suis forcément insensible.
infirmiere.1
08 heures le 18 novembre - c’est un couple d’aides-soignantes qui se présente dans la chambre pour mesurer notre tension et prendre notre température. La charge est si lourde qu’elle nécessite ainsi, de temps à autres, le travail de couples dont un élément utilise les instruments tandis que l’autre élément note les résultats obtenus.
L’une des aides-soignantes me donnent deux comprimés et devance ma paranoïa en m’informant : « C’est un antibiotique et du Diamox ».
Même ma paranoïa est tellement sidérée que, tout comme moi, ça lui coupe la chique.
Ça existe donc le Diamox !!!!
Trop tard pour demander à quoi ça sert, le couple est parti « tensionner » « thermométrer » d’autres patients. Alors, j’avale.
9 heures - une infirmière de jour nous fait la grâce d’une visite avec, dans son sillage, une aide-soignante pour porter l’auréole au-dessus de la tête de la Florence Nightingale de la clinique de C.-en-P.
Je fais part de mes doléances à Madame Infirmière. Opérée d’hier, je ne vois toujours rien de l’œil pourtant logiquement débarrassé de toute cataracte. Que se passe t’il ?
Elle ne sait pas.
Je me résigne ; il va me falloir attendre la visite du chirurgien.
« Vous êtes l’une de ses patientes ? » S’enquiert Madame Infirmière.
« Ah mais si vous n’êtes pas de ses patientes, il ne vous verra pas » Se récrie Madame Infirmière qui daigne ajouter : « Votre ophtalmo vous a certainement fixé un rendez-vous pour aujourd’hui ou demain. C’est l’usage pour ce genre d’opération. Et c’est elle qui vous renseignera. »
Il ne m’en faut pas plus pour renauder : « Est-ce que vous imaginez un peu mon angoisse ? J’ai été opérée hier matin. Depuis je ne vois rien de l’œil qui a subi l’intervention. Et je dois encore attendre jusqu’à ce soir pour savoir si c’est normal ? Avouez qu’il y a de quoi s’énerver ! »
Puis, constatant son flegme bovin, je comprends l’inanité de ma hargne et me contente de demander :
« Mon ophtalmo m’a prescrit deux collyres à mettre dans l’œil opéré dès ce matin mais j’ai totalement oublié de m’inquiéter de savoir si je pouvais, ou non, mettre également le gel qui compense la déficience lacrymale dont je suis atteinte.
- Pensez-vous que je peux l’utiliser ? »
Mon œil valide déchiffre la panique dans son regard.
La voix est cependant nette, limite tranchante lorsqu’elle me signifie :
« Pour l’instant, vous ne mettez rien dans votre œil : j’appelle votre ophtalmo et je lui demande ce qu’elle en pense et si elle peut vous recevoir en consultation plus tôt dans l’après-midi.
- Ne touchez à rien, je reviens un peu plus tard pour vous mettre vos collyres. »
10 heures - J’attends toujours le retour de Madame Infirmière et les deux flacons de collyre attendent toujours d’être instillés dans mon œil.
La différence entre les flacons et moi c’est qu’ils font preuve d’une patience qui commence à me faire sérieusement défaut.
Rageusement, je presse la sonnette qui pendouille près de la tête du lit ce qui provoque l’irruption d’une aide-soignante à qui je fais part de ma doléance.
« Peut-être qu’elle n’a pas encore réussi à obtenir votre ophtalmo ?
- Oui, je comprends bien qu’il devient urgent de mettre ces collyres.
- Je vais chercher l’infirmière. » S’empresse l’aide-soignante………….. Que je ne reverrai jamais……… Comme je ne reverrai jamais l’infirmière.
Les gens qui œuvrent dans la clinique de C.-en-P. ressemblent à des personnages de vaudeville ; mais de vaudeville tragique car eux disparaissent définitivement après chaque apparition.
Cette fois ma capacité de patience est arrivée à saturation.
Je sais pouvoir aller, dès 11 heures, remplir les formalités administratives pour quitter la clinique.
À 10 heures 40, je mets les collyres dans mon œil ; à 10 h 45 je m’habille ; à 10 heures 55 mon sac est bouclé : à 11 heures, je suis dans le bureau had hoc.
« Je vais vous demander un chèque de 80 euros » Me réclame gracieusement la secrétaire.
Je m’étrangle : « Et qu’est ce qui justifie ces 80 euros ? »
Geste et sourire destinés à apaiser mon indignation : « Oh, ce sont les frais de séjour et, rassurez-vous, il vous suffira d’envoyer la facture que voici à votre mutuelle pour être remboursée. »
Je ne me laisse pas amadouer aussi facilement. Pas avec 80 euros à débourser en jeu.
« Et pourquoi vous ne vous faites pas directement rembourser par ma mutuelle ? À quoi sert la prise en charge dans ces conditions ? »
Mine consternée de mon interlocutrice : « Mais nous n’avons pas reçu votre prise en charge ! »
Moi, ferme : « Bien sûr que si. »
Elle, le sourire crispé : « Je vous assure que non. »
Moi, aussi têtue que Roxane lorsqu’elle se cramponne à la balle qu’on veut lui retirer de la gueule : « Et moi, je vous assure bien que oui. J’ai téléphoné lundi dernier entre midi et 14 heures et je ne peux avoir inventé la réponse de mon interlocutrice qui m’a dit avoir reçu la prise en charge et par courrier postal et par fax. »
Elle, dont le sourire s’effiloche lamentablement : « Mais voyez-vous même qu’il n’y a rien dans votre dossier. »
Ce disant, elle ouvre le dossier d’un geste nerveux et le premier imprimé que j’aperçois - même avec un seul œil valide - c’est la prise en charge.
Décidément, rien ne m’aura été épargné dans cette clinique de C.-en-P.
Déconfite, la gente dame me demande de patienter quelques instants, le temps d’écarteler puis de guillotiner quelques employés administratifs et je quitte enfin la clinique cauchemardesque.
Enfin, pour être objective, il y a au moins une matière qui mérite des éloges dans la clinique de C.-en-P., c’est la cuisine que l’on vous y sert. Mais la qualité gustative de la cuisine est-elle la priorité d’une personne hospitalisée ?
Le pas énergique, je me dirige vers l’arrêt des cars pour emprunter celui qui va me transporter jusque chez moi et je m’accorde juste un crochet dans une boulangerie pour y faire l’emplette d’un croissant. Entorse à mon régime que je m’accorde avec une certaine jouissance à titre de compensation pour tous les désagréments subis.
cyclope
24 novembre - Je termine le premier jet de ce récit que j’ai voulu écrire le plus rapidement possible pour ne pas risquer d’oublier quoi que ce soit.
Je n’ai pas du tout récupéré la moindre vision de l’œil opéré et la tâche n’a donc pas été facile. Cet œil là m’offre pour seul horizon un écran blanc devant lequel s’ébattent des chauves-souris sanglantes. C’est peut-être de circonstance le mois où on fête Halloween mais c’est pas cool.
Trop de tension me dit mon ophtalmo vue en consultation
- et mardi soir (et qui m’a appris (a) que le Diamox était sensé combattre la tension ophtalmique, (b) que nulle infirmière n’a cherché à la joindre au téléphone) )
- et vendredi (où elle m’a assuré voir une amélioration et’ai été contente de savoir que l’une de nous voyait quelque chose).
Pendant cinq jours, j’ai tenté de vivre la situation avec philosophie.
Depuis hier, je craque et suis ravie de vivre en la seule compagnie de Roxane car, avec toute autre, je deviendrais vite odieuse.
L’idée d’avoir été flouée en échangeant une cataracte qui avait le désavantage d’une vision imparfaite contre une tension qui m’aveugle me met en rage.
Je m’agace de mes gestes rendus maladroits par une mauvaise estimation des distances entre les objets, je m’exaspère, le soir, d’attendre sur les trottoirs que s’interrompt le flot des voitures parce que je ne parviens pas à savoir si elles sont assez éloignées pour nous laisser le temps, à Roxane et moi, de traverser en toute sécurité.
Hier matin, à une amie qui, m’examinant le visage, me disait : « On ne voit rien », j’ai même rétorqué : « Ah bon ! Vous aussi ? »
Elle a eu l’intelligence d’occulter mon ton caustique et de sourire comme à une pointe d’humour et j’ai eu honte de ma méchanceté gratuite et indigne car, ma coquetterie étant légendaire, je savais très bien qu’elle avait cherché à me rassurer en m’assurant que mon défaut de vision ne se signalait par aucune disgrâce physique.
Ma réputation de râleuse n’est vraiment pas usurpée.
Je riais de ceux qui prétendaient que je ne serais plus astreinte à porter des lunettes après l’opération oubliant tout simplement qu’elle n’était pas prévue pour guérir ma myopie.
Pourtant, ils avaient raison ; je n’ai plus besoin de lunettes : un monocle me suffit.
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Le dessin du cyclope provient du site :
http://www.moove.tv/